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Le parachute de secours /4

Faire secours!

L’expression « faire secours » évoque toute la procédure à suivre pour déployer son parachute. C’est à dire la séquence de décisions et de gestes à faire pour ouvrir son parachute de secours et se préparer à un atterrissage forcé.

La procédure va de la décision, à l’impact

Bandeau-SIV-1

 

La procédure se résume ainsi :

  1. Décision
  2. Prise en main de la poignée
  3. Extraction du pod de la sellette
  4. Jeté du pod fort et loin
  5. Neutralisation de la voile
  6. Préparation à l’impact

 

1- La décision de faire secours

Si après avoir tout essayé vous ne parvenez pas à vous sortir de la situation il faut envisager de « faire secours ». Voici les éléments qui doivent entrer en compte dans la prise de décision.

 

Le taux de chute

Si le taux de chute est fort c’est à dire supérieur au taux de chute du secours soit plus de 5 m/s, il est préférable et recommandé de faire secours.

En revanche avec un taux de chute plus faible (<5 m/s), on peut se poser la question.

La hauteur / sol

La hauteur par rapport au sol et le taux de chute nous donnent le temps dont on dispose avant l’impact.

Si le sol se rapproche avec un fort taux de chute : secours !

S’il y a le temps, le pilote peut continuer à se battre. Mais sous certaines conditions…

 

La configuration est-elle stable ou instable?

Si le taux de chute est faible et la situation stable dans le temps, on peut continuer à se battre. Par exemple le pilote se retrouve twisté, mais la voile est ouverte et le taux de chute est bon.

En revanche il se peut que la configuration soit instable. C’est à dire qu’elle évolue sans cesse avec des risques d’abattées. Dans ce cas le pilote ne peut pas se permettre d’attendre : il faut faire secours avant que ces abattées ne provoquent une situation pire encore, par exemple, tomber dans la voile!

En stage, la décision peut être prise par votre moniteur. Pour moi la consigne est « SECOURS! ».

Une fois la décision prise, il n’y a plus de temps à perdre.

 

2- Saisir la poignée de secours

Il faut lâcher la commande de frein et venir attraper la poignée du secours.

Remarque: la saisie de commande en dragonne peut rendre long et laborieux le « lâché de commande ». Cela demande un entraînement. Adaptez vos gants et votre saisie de commande pour faire secours rapidement !

Faire secours n’est pas un geste que l’on fait tous les jours. Du coup un pilote non entraîné risque de perdre un temps précieux simplement pour trouver sa poignée. Et ce dans une situation relativement calme. Hors dans la réalité, les situations dans lesquelles ont fait secours ne sont pas vraiment calmes… Il peut y avoir une grosse « force centrifuge » qui risque de rendre votre geste imprécis. Si votre bras pèse 5 kg, il paraîtra peser 15kg à 3 g.

Il ne faut donc pas lancer la main loin vers l’extérieur. Elle peut avoir du mal à revenir.

Voici la mauvaise gestuelle (main rouge)

Poignee-mauvaise-gestuelle

De plus il peut y avoir des secousses. Si la situation a dégénéré en décrochage, le pilote est secoué dans tous les sens. Si votre main se balade dans le vide, elle a peu de chances de finir sur votre poignée de secours en un temps acceptable.

Il faut travailler une gestuelle qui reste efficace même en cas de forte rotation et ou de fortes secousses.

Ce geste demande un entraînement que l’on appelle « faire une poignée témoin ».

La poignée témoin

Commencez par coller votre avant-bras le long des élévateurs. Puis descendez votre main jusqu’en bas des élévateurs, jusqu’aux mousquetons en gardant le coude replié et près du corps.

La bonne gestuelle (main verte)

Poignee-temoin-ok

Pour ceux qui ont le secours en position ventrale, portez votre regard sur votre poignée de secours. Pour les autres laissez tomber le visuel, il faut apprendre le chemin qui mène à la poignée de secours de manière tactile. Ce cheminement de la main doit se faire en restant au contact de la sellette.

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Vous devez mémoriser la position de la poignée par rapport à un repère morphologique : par exemple au niveau de la hanche, ou bien sous la cuisse.

Lors d’un entraînement, il faut saisir la poignée mais évidemment ne pas tirer dessus.

Il faut répéter souvent ce geste pour qu’il devienne un réflexe le jour où.

Chaque fois que vous changez de sellette, pensez à examiner et à adapter un nouvelle gestuelle.

 

3- Extraction du secours de la sellette

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C’est l’opération la plus délicate. Surtout en cas de  « force centrifuge » ou de secousses.

L’opération est spécifique à chaque sellette et vous devriez l’avoir travaillée sous un portique. En gros, il faut défaire la poignée de son système d’accroche et tirer vers l’extérieur pour défaire les goupilles qui maintiennent fermé le container de la sellette. Ces deux opérations peuvent être assez physiques. Mais il faut ensuite extraire le parachute de la sellette. Toujours en tirant vers l’extérieur.

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A noter : pour les poignées situées loin au bout de la cuisse, on peut avoir plus de force en poussant qu’en tirant. Plutôt que de décoller le coude vers l’extérieur et de tirer, il est possible de garder le coude près du corps et d’extraire le parachute en poussant vers l’extérieur.

Là encore ce geste demande un entraînement.

 

Conseil: le G Force trainer. Il existe quelques simulateurs de force centrifuge en parapente inventés par un ingénieur Autrichien. Si vous avez l’occasion d’essayer, sachez qu’il s’agit d’un outil idéal pour vérifier son montage du secours dans la sellette et s’entraîner à la meilleure technique d’extraction du parachute de secours sous force centrifuge, à droite et à gauche. Cela permet de se rendre compte de la nécessité de travailler la gestuelle de la poignée témoin et surtout de se confronter aux difficultés dans un simulateur plutôt que dans la vraie vie. Enfin, cela permet de modifier son matériel jusqu’à obtenir une procédure d’extraction qui fonctionne bien.

Une fois extrait de la sellette, le parachute est enfermé dans son pod (violet) et pend au bout de la poignée. Les suspentes du secours (en bleu) commencent à prendre le vent….

Il faut lancer le pod!

 

4- Le jeté du secours

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Il faut jeter le secours. Sur le côté, vers l’horizon, fort et loin ! Il faut lâcher la poignée du secours qui part avec le pod.

Essayez de lancer le pod à au moins 4 mètres.

Bon jeté

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A une certaine distance, qui dépend de la longueur de suspentes que vous avez laissée en dehors du pod au moment du pliage, les suspentes du secours se tendent et le pod s’ouvre, libérant le secours (en orange).

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Le pod vide part dans la nature. Il est fréquent de perdre le pod et la poignée lors d’une ouverture de secours.

Remarquez que les suspentes ne sont pas encore en tension.

 

Le mauvais jeté

Il peut vite il y avoir une grosse différence d’ouverture entre un pilote qui lance fort son secours sur le côté, et celui qui le laisse lamentablement « tomber » vers le bas.

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La différence n’est pas très importante s’il y a beaucoup de vent dans le visage (comme en 360), mais elle peut être énorme s’il n’y a pas vent dans le visage (comme c’est le cas en parachutale, marche arrière, vrille et autorotation stabilisée).

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Parfois le pilote croit jeter le secours sur le côté, mais comme il est incliné dans l’espace (en rotation par exemple) il jette son secours vers le bas. Ce n’est pas bien! Prenez 1 seconde pour regarder l’horizon (limite entre le ciel et le sol), avant de lancer le pod.

 

Faut-il tenir compte de la position de la voile par rapport au pilote?

Il me paraît difficile de répondre simplement. La position de la voile par rapport au pilote ne veut rien dire. Par exemple, en autorotation stabilisée à gauche, la voile se trouve à droite du pilote. Il faut jeter le secours à droite, du côté de la voile, derrière la voile. Elle mettra un tour avant de revenir vers le secours. De toute façon, chaque système est prévu pour n’être lancé que d’un côté. Ce qu’il faut c’est lancer fort, loin, et vers le haut plutôt que vers le bas!

Si vous avez deux secours, en autorotation à droite (cravate à droite et voile à gauche), il vaut mieux jeter le secours de gauche.

 

La confirmation d’ouverture?

Une fois que vous avez lancé votre secours, ce n’est pas terminé.

Normalement le secours s’ouvre. Remarquez que pour s’ouvrir, les suspentes doivent être en tension. L’ouverture se produit par la dépression d’extrados.

Vidéo: 8 secondes, ouverture du secours

 

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Si le secours s’ouvre, vous entendez le « scratch » des velcros de la sellette qui s’ouvrent pour libérer les élévateurs du secours (en vert). La voile du secours fait également un bruit caractéristique à l’ouverture.

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Mais surtout, vous vous sentez ralentir rapidement et vous vous retrouvez pendu par les sangles du secours. Normalement par les épaules.

 

Si l’ouverture ne se produit pas?

Nous verrons plus loin les principaux problèmes possibles à l’ouverture.

Si le parachute ne s’ouvre pas, il faut essayer d’attraper les élévateurs du secours et de les secouer.

Plus facile à dire qu’à faire.

Pour les pilotes équipés de 2 secours, c’est le moment d’utiliser le deuxième!

Pour les autres, il faut entrer en mode survie: il est peut-être possible de tenter autre chose. De se sortir de cette mésaventure d’une autre façon comme par exemple décrocher la voile…

Souvent le simple fait de lâcher les freins pour faire secours provoque l’arrêt du surpilotage. Avec un peu de chance la voile retrouve le vol normal.

 

5- Neutraliser immédiatement la voile!

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Une fois le parachute de secours ouvert, il ne faut pas se relâcher! Ce n’est pas fini.

Si l’ouverture s’est produite en vol droit ou en rotation, le pilote est stoppé par le secours mais la voile (bleue) continue d’avancer. Elle risque de se retrouver très vite loin devant en continuant à tracter le pilote vers l’avant.

On parle d’effet miroir pour évoquer cette opposition des deux voiles comme dans le reflet d’un miroir (c’est encore plus vrai avec deux ailes à caissons comme c’est le cas en chute libre). Le parapente se positionne en avant et tire le pilote en avant. Le parachute de secours se place en arrière et freine le pilote.

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Cette configuration pose deux problèmes : le taux de chute est fortement dégradé et le pilote est sur le dos.

Dans la vidéo ci-dessous le pilote ne parvient pas à décrocher son aile.

Vidéo: 24 secondes, mise en miroir et amerrissage sur le dos!

 

Un impact avec ce taux de chute et dans cette position risque de laisser des séquelles au niveau de votre dos !

 

Par ailleurs, il faut savoir que deux voiles accrochées au même pilote cohabitent très mal.

Si la voile principale reste livrée à elle même, elle peut causer des problèmes et ce très rapidement.

 

Il faut tout de suite neutraliser la voile.

C’est à dire lui enlever toute portance en l’affalant.

 

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Il y a plusieurs possibilités : avec les freins, les arrières, les C ou même les B. Mais symétriquement, des deux côtés à la fois.

Affaler avec les freins est le plus facile. Il faut faire un ou deux tours de frein et décrocher amplement la voile qui se met « en boule » et vient se stabiliser à proximité de secours.

Affaler avec les élévateurs arrière donne un résultat similaire avec moins de débattement.

Affaler avec les B donne la meilleure stabilité au final et souvent le meilleur taux de chute. Mais les B sont physiques à tirer et à maintenir.

Affaler symétriquement !

Toute action asymétrique risque de provoquer une mise en rotation de la voile principale. En tournant elle peut développer de l’énergie et venir perturber la stabilité du parachute. Pire, elle peut venir s’emmêler dans le secours…

 

Affaler pour éviter que la voile revienne s’emmêler avec le pilote

Voici une autre bonne raison d’affaler rapidement. Il arrive qu’au moment de l’ouverture du secours, le parapente plonge sous le pilote. Les élévateurs peuvent s’avérer impossibles à attraper car trop loin en bas. De même pour les freins si vous les avez lâchés.

 

 

La voile risque alors de fermer, remonter vers le pilote et s’enrouler  autour de lui.

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C’est une situation plutôt désagréable et dangereuse car vous imaginez les risques d’emmêlement.

Ce mouvement peut arriver très très vite après l’ouverture du secours. Surtout s’il y a de la vitesse. Il faut tirer le secours et tout de suite neutraliser la voile, sans attendre !

 

6- Se préparer à l’impact

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Un fois la voile principale neutralisée, votre prochaine mission est d’encaisser le mieux possible l’impact à l’atterrissage.

Regardez le sol !

Il est très important de voir venir le sol. Un pilote qui regarde sa voile ou son secours risque d’être surpris par l’impact sans s’y préparer.

En regardant le sol, vous avez une idée de votre taux de chute, vous voyez sur quel type de sol vous arrivez, bref vous pouvez anticiper votre crash.

Sur un sol dur, un roulé boulé peut vous éviter de prendre vos genoux dans le visage.

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Mais même en cas d’amerrissage (si vous ouvrez votre secours lors d’un stage de pilotage SIV) il faut se préparer en pénétrer l’eau : jambes tendues et gainées. Un pilote dans sa sellette offre de la résistance pour rentrer dans l’eau. Si vous restez sur le dos ou assis, l’impact peut être douloureux. Enfin, pensez à prendre votre respiration avant d’entrer dans l’eau.

 

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