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Incidents de vol et plan de réactions /3

 

Amerrissage et arbrissage

 

Un pilote prévoyant envisage toujours le pire. Lorsque l’on vole à proximité de l’eau, il faut envisager de devoir un jour amerrir.

Lorsque l’on vole au dessus de la forêt, il faut envisager d’atterrir dans les arbres: « arbrisser » ou je préfère « arboliser »…

Un pilote averti en vaut deux, voici donc quelques recommandations.

 

 

Les dangers de l’eau

 

L’eau est un environnement très hostile pour le pilote et tout son équipement!

Sans gilet de sauvetage et sans assistance vos chances de survie sont faibles.

Il y a risque d’emmêlement avec les suspentes et risque de noyade.

 

 

L’image ci-dessous montre bien le comportement des suspentes dans l’eau et le danger qu’elles représentent.

amerrissage-suspentes-dans-eau

 

Les facteurs aggravants

  • L’état de la mer: la houle, les vagues, les courants
  • L’état du fond marin: rochers, coraux, requins…
  • Pour les bords des cours d’eau: le courant
  • La température de l’eau

 

L’eau froide augmente le risque de noyade car elle provoque une forte accélération du rythme cardiaque. La profondeur d’eau est secondaire: on se noie très bien dans peu d’eau!

 

Une aile de parapente est capable de beaucoup de puissance dans la masse d’air… Imaginez ce dont elle est capable dans l’eau! Un simple bout d’aile rempli d’eau peut peser plusieurs centaines de kg. Une aile complètement remplie d’eau pèse plus de 5 tonnes!

 

Si vous volez en bord de mer, ou si vous devez survoler un plan d’eau, et si l’atterrissage se trouve au bord de l’eau, il est vivement recommandé de s’équiper d’un gilet de sauvetage.

 

gillet-sauvetage1

 

Cet équipement individuel de sécurité est relativement accessible financièrement. On en trouve à partir de 50€. Avec 80€ vous avez du matériel au top.

Les gilets les plus adaptés sont les gilets auto gonflants. Ils ne sont pas très encombrants. Ils sont équipés d’une bonbonne de gaz et d’un système de déclenchement automatique.

 

Il existe principalement 2 systèmes:

1- La pastille de sel

Une pastille de sel fait office de bouchon de la bonbonne de gaz. Lorsque la pastille rentre en contact avec l’eau, elle se dissout et le gaz vient gonfler le gilet.

Avantage: bon marché

Inconvénient: le déclenchement est sensible. Par exemple de simples éclaboussures ou la rosée du matin peuvent déclencher le gilet.

 

2- Les systèmes à pression hydrostatique

Le système doit être complètement immergé pour déclencher l’ouverture du gilet.

Avantage: ces gilets résistent aux éclaboussures, aux embruns et à la rosée.

Inconvénient: un peu plus cher à l’achat, mais aussi à chaque remplacement du système.

 

Lors d’un stage de SIV les pilotes évoluant au dessus de l’eau sont obligatoirement équipés de gilets.

Sans gilet et sans une assistance personnelle le même espace aérien est dangereux! Ne faites pas de manœuvre de pilotage sur la mer ou sur le lac d’Annecy en dehors d’un encadrement.

Pilote sur la terre et voile dans l’eau

Cette situation est particulièrement dangereuse, en mer ou en rivière.

Comment réagir?

Abandonner son équipement!

Il faut impérativement se désolidariser de la sellette pour ne pas se faire emporter. N’essayez pas de sauver la voile. Ou du moins, ce n’est pas la priorité!

Il est donc recommandé d’anticiper. Si vous voyez que l’atterrissage est limite, et si le temps vous le permet, vous pouvez peut-être défaire les attaches de la sellette.

 

 

Amerrissage

Le piège du catabatique

Il est tentant de profiter du coucher de soleil sur l’océan en vol. De s’avancer contemplatif sur la mer avant de retourner sur la plage pour clôturer une bonne journée.

 

Mais attention à l’inversion de la brise!

 

En fin de journée, la brise s’inverse. Le vent catabatique est de plus en plus fort au fur et à mesure que l’on se rapproche du sol et vous empêche de rejoindre la terre ferme. Nombreux sont les pilotes qui se sont fait piéger et qui ont dû amerrir.

 

Une fois dans l’eau le pilote s’emmêle très vite avec les suspentes!

 

Un pilote qui se retrouve au milieu des suspentes non tenues et qui se met à nager, va très rapidement s’emmêler les pieds et les bras. Sur l’image ci-dessous, la main gauche du pilote commence à être bien saucissonnée.

 

amerrissage-suspentes-dans-eau-2

 

Il faut donc:

  • éviter de se retrouver au milieu des suspentes détendues
  • éviter de bouger au maximum pour ne pas s’emmêler
  • se désolidariser de la sellette
  • s’éloigner de la voile

 

 

Amerrissage non contrôlé

Si vous arrivez dans l’eau en plein incident de vol, ou sous votre parachute de secours, faites pour le mieux une fois dans l’eau.

 

 

Amerrissage voile ouverte

Si la voile est ouverte et que vous pouvez piloter, il y a des procédures d’amerrissage à connaître en fonction des conditions.

  1.  Si vous avez le temps, et si votre matériel le permet, décrochez les attaches de la sellette: cuissardes et ventrale avant d’amerrir. Pour les sellettes à cocon, pensez à sortir de votre cocon.
  2.  Faire en sorte que la voile amerrisse loin du pilote

 

L’idée est d’éviter de se retrouver au beau milieu des suspentes et de la voile.

Le problème: on ne peut pas courir sur l’eau!

 

Lors d’un atterrissage classique, vous pouvez facilement contrôler votre voile une fois posé. Notamment en courant ou en vous déplaçant.

 

Dans l’eau ce n’est pas possible. Le pilote s’arrête net!

De plus, il est difficile de freiner à fond et rapidement avec un bras dans l’eau. La voile risque de vous retomber dessus.

 

Sauter de la sellette?

On entend dire qu’il faut sauter de la sellette à un ou deux mètres de haut.

Attention:  il est  très difficile d’évaluer sa hauteur au-dessus de l’eau.

Vous risquez de sauter à 10 mètres de hauteur, ce qui présente d’autres risques.

De plus,  il y a de fortes chances pour que la voile ferme lorsque le pilote saute car elle est subitement délestée. Elle peut donc retomber sur le pilote!

Je recommande plutôt d’amerrir calmement dans sa sellette, en essayant d’éloigner la voile du pilote. Cela dépend donc du vent.

 

Par vent nul

Réalisez un arrondi normal mais sans trop ralentir. Au moment de toucher l’eau, relâchez les freins pour permettre à la voile de vous doubler. Laissez la aller loin devant pour que les suspentes restent tendues. En général, elle ne ferme pas car le pilote fait ancre et maintient une certaine tension dans la voile.

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Par vent faible

Il vaut mieux amerrir vent de cul et laisser la voile vous doubler. C’est la même chose mais avec un peu plus de vitesse.

 

Par vent fort

Il vaut mieux amerrir face au vent. Une fois dans l’eau il est possible de continuer à piloter la voile et de l’affaler pour qu’elle retombe loin sous le vent du pilote.

Notez que par vent fort, il est possible d’utiliser la voile comme une aile de kite et de s’en servir pour se déplacer. N’espérez tout de même pas remonter au vent!

 

Une fois dans l’eau

La voile loin du pilote…

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C’est mieux que le pilote au beau milieu des suspentes et de la voile.

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Par ailleurs, pilote avec la tête en haut…

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C’est mieux que la tête vers le bas!

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Or, il se peut que votre protection dorsale (moussebag ou airbag) ait tendance à vous faire pivoter en avant.

Plutôt que de chercher un équilibre précaire, il est plus simple d’essayer de pivoter. Soit il est possible de se retourner avec la sellette, soit il faut se retourner à l’extérieur de la sellette.

 

Si vous avez un gilet, restez calme (ne gigotez pas) et attendez les secours. En attendant vous pouvez raccrocher vos commandes de frein et essayer de nager légèrement en arrière pour vous éloigner de la voile et garder les suspentes tendues.

Si les suspentes se ramollissement essayez de les lover. Calmement!

Si vous avez un gilet, et que vous devez abandonner votre matériel, je vous recommande de détacher au moins un élévateur et de le jeter loin pour vous créer un passage de sortie du cône de suspentage.

Si vous n’avez pas de gilet, il peut être plus rapide de quitter la sellette pas dessous. Prenez votre respiration, laissez vous couler en tendant les bras vers le haut, puis ressortez de l’eau derrière la sellette.

 

 

Atterrissage dans les arbres

 

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Je ne suis pas un spécialiste de ce genre de situations. Mais voici mes réflexions.

 

Si possible, un atterrissage dans les arbres se gère comme un atterrissage classique. Il faut  repérer le sens du vent et si possible poser face au vent, choisir son arbre, réaliser une approche, et arrondir.

 

Le principal risque est le sur accident.

 

C’est à dire tomber de l’arbre sans que la voile n’amortisse la chute. Soit au moment de l’atterrissage, soit plus tard, en tentant de descendre de l’arbre ou de récupérer son aile.

 

Si vous êtes bien solidement retenu par la voile et que la descente de l’arbre est risquée, il vaut mieux attendre les secours!

 

Anticiper!

On se retrouve rarement piégé subitement. Souvent, on voit venir la possibilité que « ça ne passera peut-être pas ». Il est donc important d’observer les lieux tant que vous avez encore suffisamment de hauteur pour avoir une bonne vue d’ensemble. Essayez de trouver l’endroit le plus favorable.

  • Proximité d’un accès pour les secours (chemin, route…)
  • Hauteur et nature des arbres
  • Topographie (sol plat ou accidenté…)

 

Feuillus ou conifères?

Les feuillus

Les feuillus accrochent bien la voile.

L’avantage est que le pilote a des chances de rester pendu à la voile elle même solidement retenue par les nombreuses branches. En revanche il sera plus difficile de la récupérer. Les feuillus risquent davantage d’abîmer la voile.

De même il faut se protéger le visage. Au moment de rentrer dans un feuillu rentrez légèrement la tête en avant et croisez vos avant-bras devant le visage.

 

Les conifères

Les conifères accrochent moins bien la voile.

Surtout l’épicéa qui a les branches inclinées vers le bas. Il y a donc un vrai risque de retomber jusqu’au sol sans que la voile s’accroche aux branches. Et les conifères peuvent être très hauts!

Avantage, la récupération de la voile est en général plus facile.

Si vous devez atterrir dans un conifère, essayez de viser le milieu de l’arbre: dans la hauteur et dans l’axe.

  • Pas trop au sommet: les branches y sont fragiles.
  • Pas trop bas: il n’y a plus de branche!
  • Visez le centre: le tronc.

Et surtout accrochez vous à l’arbre!

Visez une branche ou le tronc et agrippez vous! Ne comptez pas trop sur la voile pour vous retenir.

 

Équipement du pilote

Un pilote prévoyant doit être muni d’une trousse de secours toujours présente dans sa sellette quand il vole dans une région fortement boisée.

Il est recommandé d’être muni:

  • D’une cordelette ou suspente d’au moins 30 mètres pour faciliter le travail des secouristes et hisser des cordes plus solides.
  • Un sifflet pour signaler votre présence.
  • Une radio et un téléphone portable pour prévenir les secours.
  • Une petite pince pour desserrer les mousquetons de la voile ou du secours.
  • Un couteau pour couper des branches ou des suspentes.
  • De bons gants en cuir pour se protéger les mains.
  • De bonnes chaussures pour affronter tous les terrains.

 

Vidéo: un pilote piégé par le vent fort à l’atterrissage

Ceci est surtout le résultat d’une bien mauvaise approche…

 

 

 

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