Le pilotage aux arrières / 5
Roulis et tangage
Lorsque vous êtes capable de détecter un décrochage et que vous savez comment réagir, vous pouvez optimiser votre pilotage en utilisant les arrières dans de nombreuses situations.
Petit rappel :
Lorsque l’on vole en turbulence, l’aérologie peut provoquer :
- des mouvements pendulaires (du roulis et du tangage)
- des fermetures…
La tâche du pilote est :
- d’amortir les mouvements pendulaires
- et tenir la voile pour éviter les fermetures (compenser les pertes de pression).
Ce travail peut être réalisé entièrement aux arrières !
Il est recommandé d’apprendre à piloter le tangage et le roulis en air calme avant de pratiquer en air agité.
Le roulis
Le roulis est un problème de plus en plus récurrent avec les ailes et les sellettes modernes. On voit souvent des pilotes subir des mouvements de roulis qui ne veulent pas s’amortir tout seuls. Que ce soit à la suite d’un virage ou d’une turbulence. Que ce soit en air calme ou en air agité. Que ce soit en vol accéléré ou pas… C’est une perte considérable de performance et de précision dans les trajectoires. Sans parler du mal de mer que cela peut provoquer !
Le pilotage aux arrières est sans doute le meilleur moyen d’amortir les mouvements de roulis. La gestuelle est de petite amplitude, donc très précise. C’est bien plus simple et économe en énergie qu’une action à la sellette ou aux freins. Rien de mieux que de s’y entraîner pour être convaincu.
Exercice : Amplification à la sellette, amortissement aux arrières
1 – Créer et amplifier les mouvements de roulis à la sellette.
Se tenir aux élévateurs arrières, bras hauts.
Se pencher d’un côté dans la sellette pour initier des balancements.
À la frontière (fin du mouvement), se pencher de l’autre côté (du côté du mouvement).
Changer de côté à chaque frontière. Si vous ne vous rappelez plus, vous pouvez aller réviser ici.
Lors d’un roulis vers la droite, regarder l’horizon à droite, pour voir la frontière (la voile décrit une parabole dans le paysage).
Lors d’un roulis vers la gauche, regarder l’horizon à gauche.
2 – Amortir le roulis aux élévateurs arrières
Lorsque le mouvement est important, passer à la deuxième partie de l’exercice : amortir aux arrières !
Se recentrer dans la sellette « neutre sellette » (et rester au neutre).
Amortir le mouvement de roulis en tirant sur l’élévateur arrière opposé au mouvement (10 à 25 cm).
À chaque frontière, changer de côté.
Normalement, une ou deux actions devraient être suffisantes pour retrouver le vol droit et stabilisé.
Exemple d’exercice de roulis amorti aux arrières
Exemple de mise en application : lors de ce vol accéléré, le pilote subit des mouvements de roulis… Nous utilisons les arrières pour amortir ces mouvements parasites avant de pouvoir réaliser l’exercice prévu…
Le tangage
Réaliser un vol dauphin, c’est-à-dire une série de balancements sur l’axe du tangage, est un excellent moyen d’apprivoiser le pilotage aux arrières.
Exercice : Vol dauphin aux arrières
1 – Créer, amplifier et entretenir le tangage
Depuis un vol droit et stabilisé, saisir ses élévateurs arrière, placer son regard à 45° au-dessus de l’horizon puis effectuer une première traction sur les arrières afin de créer la première ressource.
À la fin de la ressource : relâcher pour permettre à la voile d’effectuer son abattée.
Rester bras hauts dans l’abattée et la phase d’accélération.
Recommencer à tirer sous la voile (point zéro). Tirer lentement, progressivement durant toute la ressource, relâcher au sommet de la ressource…
Attention ! Il est possible que la voile décroche (sensation de léger ramollissement des arrières, bascule soudaine de l’aile en arrière…). Dans ce cas, relâcher immédiatement ! L’abattée sera alors plus importante car il y aura de l’aérodynamique en plus du pendulaire. Il faudra peut-être freiner l’abattée aux arrières.
C’est pour cette raison qu’il est conseillé d’avoir déjà travaillé l’amorce de décrochage avant de réaliser ces exercices…
2 – Temporiser l’abattée aux arrières
Lorsque vous trouvez que le mouvement d’abattée devient assez ample, ou si votre moniteur vous le demande, on peut passer à la deuxième partie de l’exercice qui consiste à contrôler l’abattée aux arrières.
Il pourrait être intéressant d’amplifier une fois de plus la ressource, relâcher au sommet de la ressource et contrôler l’abattée aux arrières en respectant les bons timings : laisser la voile reprendre sa vitesse, débuter le freinage lorsque la voile arrive au-dessus du pilote (voire légèrement en avant). Relâcher le freinage à la frontière entre abattée et accélération.
Exemples d’exercices de tangage aux arrières
Exercice : Vol dauphin aux arrières et à l’accélérateur
Il est possible de réaliser du tangage en utilisant l’accélérateur. Pour cela, procéder comme un tangage classique aux arrières…
Commencer par accélérer à fond et, lorsque la vitesse est stabilisée, relâcher l’accélérateur et tirer sur les arrières.
Au sommet de la ressource, relâcher l’accélérateur et laisser la voile plonger en abattée.
Accélérer rapidement et à fond dès le début de la phase d’accélération. La phase d’accélération durera plus longtemps et procurera davantage de vitesse.
Relâcher rapidement l’accélérateur en fin d’accélération, juste avant de commencer à tirer sur les élévateurs arrière…
Exemple de tangage aux arrières et à l’accélérateur. Le pilote n’amplifie pas sa dernière ressource et il contrôle son abattée aux freins… Dommage !
S’il reste un peu de tangage après la tempo, il est possible d’amortir le tangage en poussant l’accélérateur au début de la ressource et en le relâchant à la frontière entre ressource et abattée. Mais c’est une autre histoire…
À propos de la saisie des arrières
Pour les pilotes équipés d’élévateurs avec système de rappel des B, il est possible d’effectuer ces exercices de tangage en testant les différentes saisies des élévateurs.
- En saisissant au niveau de la poignée de rappel des B.
- Puis en saisissant ses élévateurs arrière tout en haut.
Comparatif entre une tempo au rappel des B et une tempo en haut des élévateurs
Attention : lorsque l’on saisit en haut des élévateurs, l’efficacité est bien meilleure, mais le débattement est bien plus faible !
Tenir sa voile aux arrières
Lorsque vous savez détecter l’instant d’un décrochage symétrique ou en virage…
Lorsque vous savez maîtriser le roulis et le tangage en air calme…
Vous pouvez mettre ces compétences en application lorsque vous volez en turbulence.
Mais il ne s’agit pas seulement d’amortir les mouvements pendulaires.
Il faut tenir la voile pour empêcher les fermetures.
C’est-à-dire la sentir aux arrières et compenser les pertes de pression.
Aux arrières, la voile est bien plus solide que lorsque l’on fait ce travail aux freins.
De plus, on conserve de la vitesse, ce qui est bien utile lorsqu’il faut avancer dans la turbulence.
Mais entraînez-vous progressivement !
Commencez à piloter aux arrières dans une masse d’air pas trop agitée et loin du relief au début.
Lorsque vous aurez pris confiance en votre pilotage, vous n’hésiterez plus à piloter aux arrières y compris près du relief. Et vous verrez… rapidement vous ne pourrez plus vous en passer !
Et pour ceux qui veulent aller encore plus loin, il y a encore une multitude d’exercices à travailler. En commençant par se confronter à de fortes abattées pendulaires pour s’apercevoir que la tempo aux arrières est redoutable d’efficacité.