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Le pilote /1

Les choix stratégiques du pilote

 

Une bonne partie de la tâche du pilote consiste à faire des choix et prendre des décisions. Parfois, nous avons le temps de l’analyse et de la réflexion, lorsqu’il s’agit de choisir son matériel, se donner un objectif à long terme, ou encore décider de décoller ou de renoncer en fonction des conditions météo. Parfois, il faut décider vite, dans le feu de l’action et il n’y a plus de place pour la réflexion.

 

L’idéal pour la sécurité serait que chaque décision soit rationnelle, méthodique et froide.

Malheureusement, des facteurs humains et des facteurs inconscients viennent prendre une large place dans les choix du pilote.

 

Les facteurs humains

Chaque pilote possède son caractère: timide ou agressif, confiant ou plein de doutes, m’as-tu-vu ou bien discret, prudent ou téméraire etc.

Son humeur est variable: un pilote énervé risque d’agir de manière brutale. Un pilote soucieux, qui ne parvient pas à prendre du recul par rapport aux petits soucis de la vie risque de manquer de concentration.

 

 

Les pièges de l’inconscient dans la prise de décision

Il existe des mécanismes inconscients connus pour intervenir largement dans les prises de décision. Notre cerveau a l’habitude de les utiliser dans la vie courante pour gagner du temps. Si ces mécanismes fonctionnent bien la plupart du temps, ils ne devraient pas avoir leur place dans les décisions rationnelles d’un pilote responsable.

  • L’habitude
  • L’obstination
  • Le désir de séduction
  • L’aura de l’expert
  • L’effet de groupe
  • La sensation de rareté

Prendre conscience de ces phénomènes permettra au pilote d’être plus prudent face à une prise de décision.

 

Piège n°1 : L’habitude

Le mécanisme de l’habitude veut que l’expérience passée guide notre comportement face à une situation familière. Plutôt que d’analyser froidement chaque paramètre, on aurait tendance à faire comme la dernière fois. Mais sans l’analyse méthodique, le pilote peut avoir le sentiment d’une situation familière, alors que des choses ont changé (l’aérologie, la nature du sol, l’état de vigilance ou encore le vieillissement du matériel).

Et puis, on peut prendre une mauvaise décision une fois et ne pas subir de conséquences néfastes. On finit ainsi par s’habituer à prendre des décisions dangereuses. L’habitude peut ainsi annuler les bénéfices de l’apprentissage et de l’expérience.

 

Piège n°2 : L’obstination

Le mécanisme de l’obstination veut que l’on a tendance à rester figé sur une première décision, une première analyse, ou encore un premier objectif. Inconsciemment, nous avons envie que toutes nos décisions soient cohérentes avec un choix plus ancien. Le désir de rester constant dans sa stratégie peut alors nuire à la sécurité. Le pilote n’accordant pas assez d’importance à l’évolution des paramètres qui aurait dû le pousser à une réflexion plus méthodique. Il faut savoir remettre en question une première décision. Il faut aussi savoir renoncer!

 

Piège n°3 : Le désir de séduction

Le mécanisme du désir de séduction veut que l’on a tendance à prendre plus de risque dans le but d’être aimé, remarqué ou encore respecté. Ce piège touche en particulier les adolescents et les jeunes adultes surtout du sexe masculin. En présence de votre famille, de votre amoureux ou de votre amoureuse, soyez d’autant plus prudent. De même en présence de spectateurs, caméramen et photographes. Et si vous êtes adepte des réseaux sociaux et des caméras embarquées, pensez que c’est un facteur de risque supplémentaire.

 

Piège n°4 : L’aura de l’expert

Lorsque la prise de décision se fait en groupe, au sol ou en vol par liaison radio, un meneur informel finit par influencer la décision collective. Les raisons qui donnent à ce pilote son ascendant sur le groupe ne sont pas toujours objectives. Il possède parfois une réelle expérience et une certaine sagesse. Mais un meneur peut également prendre l’ascendant du simple fait de son âge, de son statut social, de sa réputation de bon pilote, ou encore parce qu’il est meilleur orateur, ce qui n’améliore objectivement pas la qualité de la décision collective.

Rappelez vous qu’une fois à bord, vous êtes seul. Prenez vos décisions.

 

Piège n°5 : L’effet de groupe

Ce mécanisme veut que l’on se comporte comme les autres. Plutôt que de faire sa propre analyse et prendre sa propre décision, on part du principe que les autres l’ont fait à notre place et qu’on peut s’épargner cette peine. Il y a des pilotes en l’air, donc c’est bon pour voler. Comportement très risqué car on ne connaît ni le niveau, ni le matériel, ni les intentions des autres pilotes!

L’effet de groupe peut s’exprimer d’une autre manière : la mode. On a tendance à choisir son matériel parce que tout le monde fait ce choix en ce moment. On retrouve ce phénomène dans les choix concernant sa forme de pratique : faire comme tout le monde du cross, de la mini-voile ou encore de la voltige (pratiques délicates nécessitant un apprentissage spécifique).

 

Piège n°6 : La sensation de rareté

Plus la situation est rare, plus elle suscite l’envie irrépressible d’en profiter. S’ajoute à ça la crainte de perdre cette belle opportunité. Ce mécanisme conduit le pilote à surestimer les bénéfices de sa décision, et à sous-estimer les risques. La rareté est très subjective : pour un pilote ne pratiquant que 10 jours par an pendant ses vacances, chaque journée est précieuse. Si on rajoute une météo désastreuse en début de séjour et l’arrivée proche de la reprise du travail, on comprend la valeur inestimable que représente pour ce pilote chaque opportunité de voler. Il risque alors de prendre des risques inconsidérés.

 

Tous ces pièges de l’inconscient se mélangent entre eux et s’ajoutent aux autres facteurs humains. Ils prennent une part considérable dans vos prises de décisions et donc vos prises de risque. L’inconscient est très puissant et, par définition, c’est quelque chose auquel on ne pense pas.

La seule parade face à des paramètres irraisonnés est de conscientiser!

En avoir conscience est déjà un premier pas. Il faut y penser lors de vos prises de décisions.

 

Un seul remède: l’apprentissage!

 

Une chose est certaine, on réagit mieux face une situation si on s’est préparé à y faire face. Une préparation mentale mais aussi une préparation physique. C’est tout l’objet de ce manuel: vous apporter des connaissances théoriques pour vous préparer à réagir correctement.

C’est ainsi que nous allons devoir apprendre par cœur les procédures à suivre face à un incident. Nous aborderons le concept de « plan de réactions » plus loin. Nous le ferons évoluer tout au long de ce manuel de pilotage.

 

 

 

 

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